|
Gabriel Fauré - 1845-1924
Fils d'un instituteur, Gabriel Fauré suit dès l'âge de 9 ans les cours de l'école de musique fondée en 1853 par Louis Niedermeyer. Elève et ami de Saint-Saëns qui lui fait découvrir Schumann, Liszt, Wagner, il fait ses débuts à Rennes comme organiste en 1866, puis à N-D de Clignancourt à Paris. Titulaire à Saint-Honoré d'Eylau après la guerre de 1870, il participe à la fondation de la Société Nationale de Musique. Nommé maître de chapelle à la Madeleine en 1877, il entre cette même année comme professeur à l'école Niedermeyer.
Parallèlement, il est un hôte apprécié des salons parisiens où son caractère, ses qualités pianistiques et d'improvisation font merveille. En 1892, Fauré est nommé inspecteur des Conservatoires de Paris. Titulaire en 1896 du grand orgue de la Madeleine, il succède à Massenet comme professeur de composition au Conservatoire, où il comptera de prestigieux élèves : Florent Schmitt, Charles Koechlin, Enesco, Nadia Boulanger, Maurice Ravel.
En 1905, il est nommé directeur du Conservatoire de Paris alors qu'il n'était pas passé par l'enseignement officiel du Conservatoire. L'Institut (Académie des Beaux Arts) l'accueille en son sein la même année.
Il s'éteint en 1924, au faîte de sa gloire et la patrie reconnaissante lui accorde l'ultime honneur d'obsèques nationales.
Gabriel Fauré a marqué de son empreinte la musique de chambre française du XIXe siècle dont il est le véritable créateur en France. Equilibre des lignes mélodiques, homogénéité du discours, simplicité dans l'expression, respect des modes anciens donnent à Fauré une place unique et originale dans la musique de son temps.
Mélodiste de tout premier plan, sa musique se marie remarquablement aux poèmes de Verlaine, Hugo, Jean de la Ville de Mirmont, Armand Silvestre... Ses pièces pour piano, éloignées de tout effet, sa contribution majeure à la musique de chambre (Quatuors pour piano et cordes, sonates pour piano et violon...), son célèbre Requiem le placent aux côtés de Debussy et de Ravel parmi les grands compositeurs qui régénérèrent la musique française au tournant du siècle.
Le Requiem (version 1893)
Fauré commence à composer son Requiem en 1887 à l'âge de 42 ans, selon lui pour son propre plaisir.
Mais, on peut penser que la mort successive de son père et de sa mère l'ont certainement inspiré.
A cette époque, Fauré est maître de chapelle à la Madeleine. Il termine son uvre en 1888 et dirige la première à l'occasion d'un service funéraire à la Madeleine.
L'instrumentation est restreinte : alto, violoncelle, contrebasse, harpe, timbales et orgue.
Cette version comprend cinq mouvements : Introït et Kyrie, Sanctus, Pie Jesu, Agnus Dei, In Paradisum.
La seconde version, jouée pour la première fois en 1893, comprend deux mouvements supplémentaires : l'Offertoire (1889) et le Libera me (1877) qui était à l'origine une composition indépendante pour baryton et orgue. Pour cette version, l'instrumentation est élargie.
La troisième version du Requiem (pour orchestre symphonique) est exécutée pour la première fois en juillet 1900 au Palais du Trocadéro sous la direction de Taffanel.
La version de 1893 est redécouverte dans les années 1970 par le célèbre musicologue Jean-Michel Nectoux.
“ On a dit que mon Requiem n'inspirait pas la mort, quelqu'un l'a appelé une berceuse de la mort. Mais c'est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur de l'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux ”.
Fauré perçoit la mort comme un apaisement et la religion comme une source d'amour. Ni crainte, ni angoisse, ni colère divine dans ce magnifique Requiem ; mais au contraire, confiance, tendresse, apaisement.
Pour ce concert, le Requiem de Fauré est présenté dans la version de 1893 qui correspond sans aucun doute à la véritable expression artistique du compositeur. |
Jacques Casterède
Jacques Casterède est né à Paris en 1926. Il entre en 1944 au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il a notamment comme professeurs Tony Aubin et Olivier Messiaen. De 1948 à 1953, il obtient successivement les premiers prix de piano, musique de chambre, harmonie, composition et analyse musicale.
En 1953, le Premier Grand Prix de Rome de composition musicale lui est décerné, lui permettant ainsi de séjourner à la Villa Médicis à Rome de 1954 à 1958.
En 1960, il est nommé professeur de formation musicale pour les chanteurs au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il occupe successivement les postes de professeur conseiller aux études, puis de professeur d'analyse musicale supérieure en 1971. En 1988, il est nommé professeur de composition, discipline qu'il enseigne également de 1983 à 1988 à l'Ecole Normale de Musique de Paris.
En 1988, il participe à une mission d'enseignement en Chine, au Conservatoire Central de Pékin où il donne des cours de composition, ainsi qu'une série de conférences sur la musique française actuelle, mission renouvelée en 1998.
L'ensemble de son uvre a été couronné par de nombreux prix parmi lesquels, en 1991, le Grand Prix Musical de la Ville de Paris et le Prix de la Nouvelle Académie du Disque et en 1995, le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros.
Trois visions de l'Apocalypse
Jacques Casterède se décrit, au niveau religieux, comme un homme de la continuité effectuant un cheminement spirituel régulier, jalonné par des uvres inspirées de la Bible.
Ses uvres définissent Jacques Casterède comme un lecteur assidu des livres sacrés dont il s'inspire pour ses prières et ses méditations. Issu d'une grande famille spirituelle, il marque ses uvres “ d'une espérance et d'une sérénité que seule la mort peut momentanément troubler ”.
Son uvre Trois visions de l'Apocalypse fait partie d'une trilogie comprenant : les Liturgies de la vie et de la mort (1980), les Trois visions de l'Apocalypse pour neuf cuivres et orgue (1984) et le Psaume VIII pour orgue, violoncelle et soprano (1987).
Jacques Casterède est très attaché à la résonance des sons, dans le langage et dans la musique. “ La résonance permet-elle une révélation des symboles du sacré, dans l'écriture et dans la musique ? ”.
Dans cette musique “ qui nous fait décoller du réel, par son harmonie et ses courbes mélodiques, loin des messes-concerts du XVIII ème siècle !”, il nous fait partager sa vision du sacré et décrit celle définie par Otto et Eliade :“ le tout autre, qui permet l'accès à une réalité transcendante, isolant l'homme des contingences terrestres ”. Il illustre également l'appel à la vie par le sacré : naissance, mort, vie. |